La défense du bilinguisme et de la culture alsacienne est aussi l’affaire des écologistes.
Cette contribution est due à Pierre Klein.


Ça suffit !

Aujourd’hui, on nous annonce la fin de la prise en charge des professions de foi en langue allemande, Demain, parions que dans l’arrêté rectificatif sur l’enseignement de la langue régionale d’Alsace il sera question d’enseignement de la langue régionale et de l’allemand, le et excluant l’allemand de la définition de la langue régionale,
Hier a été signée une convention portant sur l’enseignement des langues en Alsace et non pas une convention en faveur de la langue régionale,
Hier aussi le ministère a « oublié » dans un arrêté portant sur l’enseignement des langues régionales de France, la langue régionale d’Alsace,
Hier encore il n’a pas été jugé utile de donner suite à une demande de l’enseignement généralisé de l’histoire et de la culture telles qu’elles ont été et sont construites en Alsace, Tout cela fait suite a des interdits scolaires, culturels et médiatiques prononcés à l’égard de la langue allemande en Alsace après la dernière guerre. Après le temps de l’interdit, viendrait donc le temps de la néantisation et une très inquiétante et perverse dérive conceptuelle s’installe.

Faut-il rappeler que :
- jusqu’à une époque récente lorsque les Alsaciens parlaient de leurs dialectes, ils disaient Ditsch ou Elsasserdistch, jamais Elsassisch. Cette dernière expression est véritablement apparue au milieu du XXème siecle. Elle résulte d’une traduction du mot alsacien, qui d’ailleurs n’apparaît lui-même dans la langue française qu’au milieu de XVIIIème siècle.
- jusqu’à une époque récente les Alsaciens utilisaient la langue standard allemande dans tous les domaines de l’écrit et de l’expression publique et religieuse. Faut-il rappeler que le premier poème, le premier livre pour enfant, la première charte, la première chronique, la première fable, le premier roman, la première bible imprimée, le premier journal de langue allemande… ont été réalisés en Alsace et que l’apport de l’Alsace à la littérature et à la culture dites allemandes est considérable.
Lorsque Albert Schweitzer écrivait « ma langue maternelle est allemande parce que le dialecte dans lequel je suis linguistiquement enraciné est allemand » (traduction), lorsque le Conseil Général du Bas-Rhin demandait en 1982 « la reconnaissance de l’allemand comme langue régionale de France au sens de la loi Deixonne », lorsque dans une requête aux autorités scolaires tous les députés et sénateurs, la quasi-totalité des conseillers généraux et plus de 500 maires d’Alsace constataient que « la langue régionale – l’allemand dialectal alsacien et l’allemand littéraire – a subi un recul considérable… », lorsque dans un arrêté publié au BOEN du 19/6/2003 il était écrit que « la langue régionale existe en Alsace et en Moselle sous deux formes : les dialectes alémaniques et franciques parlés en Alsace et en Moselle, dialectes de l’allemand, d’une part, l’allemand standard, d’autre part. », nous nous trouvions dans le vrai historique et linguistique.
Or ces derniers temps la volonté de soustraire l’allemand standard de la définition de la langue régionale d’Alsace et de ne prendre en considération que les seuls dialectes, d’ailleurs, souvent qualifiés de langue alsacienne, devient de plus en plus fréquente et évidente. Nous tenons à rendre attentif non seulement à cette véritable dérive, mais surtout aux graves inconvénients que cela représenterait pour l’avenir de l’Alsace et de sa population si cette façon de gérer la question linguistique alsacienne devait perdurer : des parts entières de compétences linguistiques, des pans entiers de l’identité et de la culture alsaciennes et de nombreuses potentialités économiques et d’emplois se perdraient à jamais. L’Alsace, qui a tout au long de son histoire participé de deux grandes cultures, se verrait à terme régresser dans un provincialisme stérile et se replier dans une unidimensionnalité identitaire.
Certes, la connaissance et la pratique de la langue standard allemande ont régressé, mais l’idée qui voudrait que, puisqu’elle se trouve dans cette situation, il n’y a plus lieu de la prendre en considération, comme un ultime coup asséné par une politique linguistique conduite de longue date, est intellectuellement et moralement inacceptable. Il faut revenir à la raison..
PK